Sirocco Letters

Manifeste

Une littérature indépendante entre les frontières et les langues.

Au départ, Sirocco Letters devait simplement être un endroit pour mes livres.

J’écris en anglais et en français. L’Algérie reste présente même quand l’histoire se déroule ailleurs. Très vite, j’ai vu qu’une phrase ne fonctionnait pas toujours de la même façon dans les deux langues.

Je pensais qu’un site n’avait pas besoin de plus.

Je voulais quelque chose de simple : un endroit où les livres seraient présentés clairement.

En continuant à écrire, certains sujets sont revenus d’un livre à l’autre : le départ, les histoires de famille, ce qui reste caché, les conséquences pour les enfants d’événements qu’ils n’ont pas vécus.

Pour moi, l’identité n’est plus quelque chose de fixe.

Je ne suis pas arrivé à cette idée d’un coup. Elle était déjà dans les livres avant que je sache la formuler. On peut croire qu’on en a fini avec cette question. Des années plus tard, elle revient.

La migration rend ces questions plus visibles, mais elles ne concernent pas seulement la migration.

Ce dont une famille ne parle pas peut encore avoir des effets sur ceux qui viennent après. Un nom peut faire croire aux autres qu’ils savent déjà qui vous êtes. Certaines habitudes restent alors que les circonstances qui les ont produites ont disparu. On peut quitter un pays et s’apercevoir longtemps après qu’on continue, sur certains points, à penser comme avant.

C’est ce que je connais. Ça entre dans la fiction.

Je m’intéresse au moment où une explication ne suffit plus. Parfois, la cause est claire : quelqu’un revient, un document apparaît, quelque chose qu’on avait caché finit par être dit. D’autres fois, il ne se passe rien de spectaculaire. Ce qui semblait évident ne l’est plus.

Je n’écris pas pour arranger les choses.

Je m’intéresse à ce qui vient après.

Le passage d’une langue à l’autre a aussi changé ma manière de travailler.

Une phrase peut sonner trop soutenue en français. Une autre ne marche plus en anglais. Je la reprends. Parfois, je garde la différence.

Je n’essaie pas d’obtenir deux textes identiques phrase par phrase.

Je veux la même chose pour le site. Les deux langues doivent y avoir leur place. Je ne veux pas que le français donne l’impression d’avoir été ajouté après coup, ni l’anglais d’ailleurs.

Tout part des livres.

La Rose de Jéricho, Le Chant d’Illilten et AMACHAHOU sont des livres différents. Certains sujets reviennent, mais je ne les vois pas comme trois façons de dire la même chose.

Quand un manuscrit est terminé, il reste des notes, des questions, des fragments, des échanges. Tout ne va pas dans le livre. Je veux pouvoir en garder une partie ailleurs.

Sirocco Letters sert aussi à ça.

Le site existe d’abord pour les livres.

Le nom vient du sirocco, un vent d’Afrique du Nord qui traverse la Méditerranée.

Je me suis reconnu là-dedans.

J’ai vécu longtemps loin de l’Algérie, en passant d’une langue à l’autre. Avec le temps, je ne me souviens plus de l’Algérie exactement comme au moment de mon départ. Ce que j’ai vécu ailleurs a changé ce souvenir.

Ça me suffit.

Sirocco Letters a commencé comme un endroit pour mes livres.

Je veux que ça le reste.